Je me suis acheté une montre sur ANIBIS. C’était un vendredi, il y avait quelques embouteillages vers Sierre, dans le Valais suisse. J’ai donc pris mon mal en patience pour rencontrer Emile, le propriétaire de la montre en question.
Il avait les cheveux grisonnants, un faux air d’acteur américain de série B. Dans la rue, je l’ai d’abord trouvé d’allure charmante. A la lumière froide de son salon, il s’avéra grand et solide. Ses poignets étaient épaix comme les pattes d’une vache, sa voix pleine et tombante.
« Alors moi, je suis un pro-TAG » me dit-il. « Je sais pas vous mais moi c’est TAG ! » Je lui ai demandé pourquoi ? Question à laquelle il a répondu en tapant ses phalanges contre le bois de la table de séjour. « Parce que c’est costaux, sportif. Au quotidien, j’ose pas la mettre parce que je bosse pas dans un bureau… Et puis elle est un peu petite. »
Tu parles, petite. Minuscule, tu veux dire. Car je l’ai essayé, je l’ai scruté à la loupe. Du dos jusqu’à son cadran, en passant par le fond de sa boîte et de ses garanties.
Cette montre, j’avoue, je l’avais achetée pour faire x2. Mais quand je sors l’argent, il me retends mon dernier billet de 50.-; et me glisse avec douceur : « pour la route et parce que je vois que vos yeux brillent ».
Je l’ai regardé plusieurs fois, cette montre, à la lumière de mon vrai job. Dès le lendemain, je me rappelle m’être dit. « C’est une sorte d’Omega Genève plus grosse avec des cornes agressives et un cadran satiné qui vous dit : fais moi voir du pays, donne moi une vie bruyante et sincère. Raye moi, regarde moi. Je suis à toi. »
Je ne ferai pas x2 sur cette montre et je garderai un souvenir merveilleux de cette rencontre.
J’ai cessé de désirer une Omega Genève vintage pleine d’histoires qui ne sont pas les miennes. J’ai préféré conserver une montre puissante, capable de m’accompagner à une soirée d’aujourd’hui et manger quelques coins de portes.

TAGheuer CALIBRE 5, 39mm bracelet marron crocodile (2019)
